03
Sep-2017

Traversée de Paris

Randonnées   /  

Fanny, Gilles, Véronique, Solène et Maunoir, répresentants de l’ALPA à la Traversée de Paris 2017

                                         

 

Et le fameux récit de Maunoir :

16 et 17 septembre 2017

                                              Un week-end aviron à Paris

(Ou, un moment de douceur dans ce monde de brutes)

Paris, ville lumière, Paris ville d’art, de sciences et de culture, Paris ville de la grande et de la petite histoire. Paris ville coquine qui s’encanaille. Paris ville de l’excellence, mais aussi de la démesure… du bien et du mal.

C’est le samedi 16 septembre au matin, vers 10h, que la fine fleur de l’ALPA se retrouva pour porter « Haut les Cœurs Vaillants » l’emblème du célèbre club d’aviron en pays d’Aubigné, à la lointaine capitale.

Point de départ : l’étang du Boulet, terre de nos ancêtres rameurs, de notre mère Patrie où tout nous fut appris. Nous remerciâmes chaleureusement Armelle et Nadège pour l’attention, quasi maternelle, qui nous fut prodiguée pour préparer cette épopée.

Et c’est tous les cinq serrés dans ce qui nous semblait être la frêle Peugeot de Véro, que nous regardions avec inquiétude, derrière nous, cette imposante remorque un peu folle-dingue de 12 mètres, se déhancher au premier virage. Dans la voiture nous eûmes l’étrange sentiment que nous nous n’irions pas jusqu’au bout. Aussi, fallut-il bien admettre et trouver normal que notre équipage soit un spectacle en lui-même.

Poussée par les vents d’ouest, la voiture trouva son allure dès la quatre voies engagée. L’ambiance déjà était au dégel car le samedi d’avant, nous avions commencé, en nous entraînant sur l’étang, à mettre au clair nos pensées : notre organisation (avec nos premières check-lists), nos prétentions et nos intentions de revenir vaillant et de déclencher la fierté sous notre clocher… Vous l’aurez compris, sur la route, le dégel s’est transformé en permafrost, mais il ne faut pas en conclure que le réchauffement climatique relationnel nous avait chauffé le cerveau. Nous restâmes concentrés sur l’objectif : arriver vivants !

Avec finalement, un voyage sans encombres, c’est peu après 15h00 que nous nous présentâmes sur le tarmac gazonné du richissime conseil Général des Hauts de Seine (à priori seul sponsor de la régate). Première impression, on entre en ce haut lieu de l’aviron comme le musulman dévot rentre dans la mosquée sacrée de la Mecque. Un peu mis en garde par nos illustres aînés passés en cette terre de conquêtes, sur le complexe de supériorité parisien. Une agréable surprise nous attendait. Ici c’était cool ! Pas de foire d’empoigne, pas l’impression du tout que Bécassine débarquait de sa bretonne province, mais plutôt, de l’organisation, de l’espace, de la gentillesse, du savoir faire. On avait trouvé de la fluidité dans tous les rouages d’une méga organisation très professionnelle. La chance d’arriver assez tôt nous avait même permis de trouver, un chariot (a la première demande) et un abri pour notre yolette sous une tente bâchée à quelques encablures du ponton de la mise à l’eau qui nous attendrait dès l’aube naissant le lendemain.

C’est sans la remorque obsédante et donc avec une légèreté toute nouvelle, que nous gagnâmes le camping de Boulogne, avec le bien nommé GPS, pour passer la nuit au Bois.

Bois de Boulogne, un îlot de verdure et de calme dans un océan de tension urbaine. Lieu de tous les fantasmes (mais pas que…), ici se côtoient sans se voir, les grosses fortunes du seizième arrondissement et les travailleurs du sexe, dont un horodateur rustique en plastique permet de marquer l’activité en cours (pour en savoir plus demander Solen).

Le milliardaire américain Warren Buffett disait « la lutte des classes existe, nous l’avons gagnée… » Et bien figurez vous  (quel hasard) que c’est dans le cœur du bois que se trouve la pépinière (ou la pouponnière) des très riches, des décideurs puissants de ce monde et c’est là, qu’ils se reproduisent, entre eux.

La méthode est très différente des travailleurs du sexe, il s’agit simplement de s’inscrire au très sélecte Club de Polo de Boulogne Billancourt. Facile : vous trouvez deux parrains et vous faite un très très gros chèque à l’entrée et puis tous les ans un autre gros chèque (1).

Je m’égard, je m’égard… revenons à notre navigation. A quelques battements d’ailes, notre bungalow était idéal pour nous préparer à nos exploits matutinaux (merci encore Nadège). Idéal pour le repos et le calme, idéal pour la cuisine diététique que nous fîmes, idéal pour la proximité du site, idéal pour le petit prix…

Pour la soirée que nous passâmes, je n’ose pas relater dans le menu détail, ce que nous avons mangé et bu, mais c’est surtout, ce qui fut dit ! Afin de ne pas heurter vos chastes oreilles, amis lecteurs, je ne m’autoriserai pas à divulguer ce que la nature de l’homme a de plus insondable et me contenterai de vous dire « il y a des vérités qu’il ne faut pas dire et donc… ça ne nous regarde pas ! ». Je tiens à rester en bons termes avec mes amis.

Dans ce moment de détente, il fallut bien penser à dormir tôt et nous décidâmes très raisonnables et d’un commun accord de mettre le réveil à 5 heures. Un des protagonistes (que nous ne nommerons pas ici, par pudeur), le premier au lit, à peine compté jusqu’à dix, se mit à dormir… en ronflant derechef. La nuit fut agitée, le sonneur, cette l’animal ! ne faiblit pas et… à 5h pétantes, des visages de papier mâché émergèrent exprimant la désolation. La course contre la montre étant de mise à cette heure, l’humeur frondeuse, laissa place à la résignation que l’on pouvait interpréter comme chronique de Bérézina annoncée.

Quittant le bois, la chanson de Dutronc en tête « il est 5 heure Paris s’éveille… » Nous nous retrouvâmes à l’île de Monsieur notre base où déjà des lampes frontales dans la nuit épaisse s’activaient en danses de farfadets pour les premières mises à l’eau.

Arrivant dans le hall pour le petit déjeuner, nous découvrîmes une ambiance surchauffée de poulailler (promiscuité apparente mais chaleureuse, décibels élevés). Le monde bigarré des rameurs (certains ressemblant à des satyres) se réveillait dans une agitation fébrile, se préparant à l’effort en devenir tout proche. C’est alors que notre équipe conquérante, elle aussi, émergea retrouvant son aplomb plein de panache et oubliant du même coup les affres de la nuit. Il y a de rares circonstances où un café, croissant vous transforme un homme, ce fut le cas.

Puis les premiers signes, infra cliniques du jour se manifestant (une touche de bleu gris entre du noir ), nous vîmes entre chien et loup les premières yolettes en attente déjà sur l’eau, côte à côte, déjà prêtes à en découdre.

Afin d’éviter un refroidissement assassin sur les eaux encore très noires à cette heure, nous jouâmes la montre, en philosophes (ou en joueurs de casino) pour l’embarquement !

Au dernier moment, une équipe dynamique de bénévoles repérable à leur polo rouge, nous fit passer, prestement, de la terre à l’eau. Et il fallut vite dégager pour laisser la place aux suivants. Véronique en véritable leader tel un boucanier expérimenté, prit la direction des opérations, nous dirigeant par des chemins invisibles de contorsionniste sur notre ligne imaginaire du départ, seuls connus d’elle. Nous étions bien placés.

A notre insu, nous réalisâmes que le jour était déjà levé et déjà les premiers partants avaient sonné la charge. C’est alors que Gilles, en premier de cordée attentif, nous lança « pelle au carré… couleur dans l’eau… partout ! » Gilles, Fanny, Maunoir et Solene dès lors, purent libérer les énergies explosives qu’ils avaient contenues jusqu’alors. Et en bons élèves, s’appliquèrent à trouver le bon rythme pour que les 28 km ne se transforment pas en calvaire.

Trente-trois ponts, nous devions passer. 250 équipages, nous devions éviter. C’est seulement les premiers cinq cent mètres passés, les premières appréhensions évanouies, le nouveau milieu liquide maîtrisé, que l’équipage trouva sa mesure. Premières jouissances, liées à une force tranquille et une conscience aiguë de faire partie d’une régate unique au monde.

Bateaux belges, londoniens suisses berlinois, bateaux venus des provinces les plus reculées donnaient à la Seine, dans la fraîcheur automnale de ce dimanche matin, une image si pittoresque que les joggeurs et flâneurs occasionnels regardaient avec étonnement et bienveillance cette armée d’envahisseurs sympathiques liés par une motivation commune : « enchanter la ville » (ce qui est très contagieux). De notre côté, notre drapeau breton astucieusement planté par Gilles nous valait un certain succès. La sécurité accompagnée d’un photographe s’intéressa beaucoup à Belle gosse des flots. Nous étions des stars, Paris nous ouvrait les bras, titillait nos vanités jusque là endormies. Mais ! Vous connaissez la pudeur naturelle des Brétilliens, nous n’en laissâmes rien paraître !)

Les yeux grands ouverts nous passâmes sous les ponts. Pont Mirabeau cher à Apollinaire, pont de l’Alma et son tragique accident de Lady Di et aussi son célèbre Zouave qui indique la hauteur de nos crues d’hiver. Le pont neuf et l’histoire de ses amants, de Léos Carax. Sur le bord de Seine nos regards se sont posés sur la statue de la Liberté de Bartholdi. Canal +, Tf1 , France télévision, la maison de la radio qui s’observent dans une ambiance à la Dallas, l’incontournable Tour Eiffel, le Grand Palais et son toit de verre, Le Louvre, l’Assemblée National et Notre Dame où une pluie malicieuse nous fit faire une pose salutaire sous le pont Au Double. C’est là que tous encore dans l’euphorie de l’instant, nous poussâmes des cris de Celtes endiablés montant à l’attaque, qui, par la résonance du pont, firent trembler tout Paris. Nous ne pouvons pas tout relater tant il y a d’histoires à vous raconter sur cette portion de Seine. Et puis, l’huile de coude nous rappelait sans cesse à nos devoirs. A mi-chemin après l’île Seguin, Véronique prit la place de Gilles dans un numéro de funambule. Et malgré la fatigue qui s’accumulait sournoisement dans nos corps exaltés, nous retrouvâmes une nouvelle énergie, élan renouvelé par Véronique, mais aussi poussé par une brise et un courant favorables. A ce moment, les pauses repos et, affaire délicate, l’envie de faire pipi, devinrent plus urgentes. Pour les hommes une simple écope et une attitude de celui qui n’a pas l’air d’y toucher fit l’affaire, mais pour les dames ce fut un autre savoir faire. De délicates contentions discrètes, savamment préparées n’y firent rien, demandez à Fanny elle connaît tout sur tout, sur la question.

Le retour fut donc plus souffreteux, moins doucereux, nous regardions plus distraitement ce que nous savions pourtant exceptionnel. Nous n’avions finalement que des pensées confuses qu’aurait pu traduire en ces moments de grande solitude, le célèbre poème de Joachim Du Bellay

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison, qui

M’est une province et beaucoup davantage ?

Et enfin un jour, une nuit peut-être… nous aperçûmes la superbe architecture de la Seine Musicale inaugurée par Bob Dylan au mois d’avril. Elle marquait la dernière ligne droite avant notre arrivée. Puisant dans nos dernières ressources, nous présentâmes le meilleur de nous-mêmes (ou ce qu’il en restait) ; regard altier, cambrure d’athlète de très haut niveau, volonté inaltérable. Un dernier effort et…

Pont de Sèvre ! C’était gagné nous l’avions fait ! Nous le méritions bien, nous le valions bien.

Et snobant notre fatigue, nous vînmes nous mettre à la queue leu leu par ordre d’arrivée comme le veut la coutume. Une provocation inattendue du bateau allemand vint nous rappeler durement à l’ordre pour ne pas les dépasser. En grand seigneur, notre équipage se tint roide, solidaire mais… fier. De l’avis de l’équipage, nous évitâmes sans conteste ce jour-là une troisième guerre mondiale. Rameurs de l’ALPA ! Vous pouvez être fiers des vôtres.

Le reste de l’épreuve ne fut qu’une sinécure ; photos officielles en marinières bicolores et drapeau breton, avec en arrière-fond : Belle gosse des flots. Rangement et mise en place du matériel en deux temps trois mouvements, mais avec méthode et précision SVP. Comme tout fut parfait ce week-end-là, un repas festif nous attendait. L’estomac dans les talons nous fûmes surpris par une file d’attente digne de la première sortie du film Titanic. Mais là encore, jour de grâce, comme dans les contes de fées, tout fut rapidement résolu et la file disparut. Le repas, composé d’une excellente paella, nous ravit et sembla nous sustenter pour le reste de la vie.

Sur le chemin de retour moins de blablabla, un bonheur discret, simple, une fatigue fiévreuse. Autour des échanges, tout ce que nous avions partagé ne pouvait se décliner qu’en superlatif, taille XXL.

Nadège nous accueillit à la base. Un dernier effort pour ranger, on raconte rapidement… Et déjà on pense qu’il faut vite aller se coucher si l’on veut que demain ne soit pas un cauchemar…

(1) voir livres et BD des  sociologues PINSON-CHARLOT

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